L'Essentiel de vos Informations en temps réel ! L'actualité du monde filtré et résumer rien que pour vous !

En 1999, lorsque Boris Eltsine annonçait le nom de son nouveau premier ministre, les diplomates étrangers s’interrogeaient : « Poutine qui ? ». Vingt et un ans plus tard, les spécialistes du Kremlin ont dû fouiller dans leurs fiches pour découvrir qui était Mikhaïl Michoustine, le nouveau premier ministre que s’est choisi Vladimir Poutine au terme d’une journée marquée par l’annonce surprise d’une réforme de la constitution.

→ EXPLICATION. Vladimir Poutine change la Constitution et son gouvernement

Le successeur de Dimitri Medvedev, relégué au passage à une fonction honorifique, ne devrait pas, sauf surprise, connaître un destin comparable à celui de Vladimir Poutine. « Il est difficile de voir en lui un successeur potentiel. Il n’a aucune expérience dans les affaires politiques ni popularité auprès de l’électorat, observe Tatiana Stanovaya, analyste politique pour le groupe de réflexion R. Politik. De par son parcours, il s’agit avant tout d’un technocrate efficace. »

Un chantre du numérique

À la différence du maître du Kremlin, Mikhaïl Michoustine n’est pas directement issu du moule très influent des silovikis, les représentants des forces de l’ordre (armée, renseignements). Cet ingénieur de 53 ans est un haut fonctionnaire qui s’est fait connaître au sein de l’administration en gérant avec habileté la modernisation du service des impôts à partir de 2010. Sous sa direction, la croissance des recettes fiscales s’est élevée à près de 70 % en cinq ans, avait-il affirmé en 1998 au quotidien économique Vedomosti.

Ce chantre du numérique a défendu la création d’une base de données centralisée regroupant toutes les données existantes sur les citoyens russes, et accessible à toutes les administrations, facilitant la lutte contre la fraude fiscale, un sport national en Russie.

Parmi les hauts fonctionnaires, il passe pour l’un des rares à avoir une connaissance fine des technologies de l’information dont s’est entiché le chef du Kremlin.

Un homme idéologiquement neutre

Ses qualités de gestionnaire ont d’ailleurs fini par attirer l’attention de Vladimir Poutine qu’il retrouve parfois sur les terrains de hockey sur glace, les patins aux pieds. « Mikhaïl Michoustine n’appartient pas au premier cercle des proches de Vladimir Poutine », précise Tatiana Stanovaya. Il n’a même jamais été affilié à un clan ou un autre. « S’il a de très bonnes relations avec Alexis Koudrine (NDLR : le président de la Cour des comptes et chef de file des libéraux à Moscou), ils ne sont pas alliés, ajoute Tatiana Stanovaya. Mikhaïl Michoustine n’est pas un réformateur. »

Adoubé sans surprise par le parlement, jeudi 16 janvier, le nouveau premier ministre de Vladimir Poutine a promis de « réels changements pour le meilleur » durant sa première et brève allocution officielle. Rien n’indique cependant, dans ses propos ou ceux de Vladimir Poutine lors de son discours à la nation le 15 janvier, une inflexion profonde de la politique économique du régime, en dehors de quelques « cadeaux » sociaux, comme la hausse des primes de naissance accordées aux familles russes.

« La nomination de Mikhaïl Michoustine au poste de premier ministre est un simple ajustement technique, pronostique Jean-Robert Raviot, professeur de civilisation russe à l’université de Paris Ouest Nanterre. Ce dernier vient se placer dans la lignée des Fradkov et Zoubkov, premiers ministres technocrates, pour ne pas dire techniques, des années 2000. » La nomination de son gouvernement, attendu d’ici une semaine, sera un bon indicateur de sa marge de manœuvre, entre le chef du Kremlin d’un côté et le président du parlement de l’autre.

Aller vers La Source –>