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Il y a, au Vatican, comme un air de reprise en main. Coup sur coup, le pape François vient en effet de procéder à d’importantes nominations dans le domaine financier.

Mi-novembre, il désignait ainsi le jésuite espagnol Juan Antonio Guerrero Alves préfet du Secrétariat pour l’économie, poste vacant depuis juillet 2017 et le départ en Australie du cardinal George Pell, accusé puis condamné pour agressions sexuelles (1).

Et, le 27 novembre, c’était au tour du président de l’Autorité d’information financière (AIF), l’avocat suisse René Brülhart d’être remplacé par l’Italien Carmelo Barbagallo, haut cadre de la Banque d’Italie.

Ces deux nominations font suite à la désignation comme président du Tribunal de l’État de la Cité du Vatican, en octobre, de Giuseppe Pignatone qui, de Palerme à Rome en passant par la Calabre, s’est forgé un solide CV de procureur anti-mafia…

Car l’ensemble de ces changements à des postes clés interviennent au moment où le Vatican est à nouveau confronté à des scandales financiers. Début octobre, une série de perquisitions à la Secrétairerie d’État et à l’AIF a fait grand bruit.

Perquisitions décidées dans le bureau du pape

Au même moment, un nouveau livre du journaliste d’investigation Gianluigi Nuzzi mettait en cause la gestion désastreuse des finances du Vatican et, surtout, la manière dont une partie de la Curie sabote la réforme des finances voulue par François en empêchant les contrôles voulus par le pape.

Néanmoins, et comme François pouvait s’en féliciter dans l’avion qui le ramenait de Tokyo, ces scandales ont cette fois été repérés par les mécanismes internes au Vatican mis en place par Benoît XVI et renforcés par son successeur.

Mais ils soulignent aussi les résistances auxquelles le pape argentin est confronté. Au point de lui-même prendre en main les opérations, sous peine de voir fragilisée une des réformes les plus emblématiques du pontificat.

Dans la conférence de presse de retour du Japon, François a d’ailleurs raconté avec force détails la manière dont il a opéré, quand le responsable du contrôle interne est venu l’alerter sur un certain nombre de dysfonctionnements.

Difficultés avec le groupe Egmont

« “Vous êtes sûr”, lui ai-je demandé. “Oui”, et il m’a montré les noms », a raconté le pape, qui a alors conseillé d’alerter le promoteur de justice, le procureur de l’État de la Cité du Vatican, qui a enquêté et effectivement constaté des opérations peu claires. « Il m’a demandé la permission de faire les perquisitions. J’ai demandé : “C’est clair pour vous ?” “Oui, oui, il y a une présomption de corruption dans ce cas : je dois perquisitionner ce bureau, ce bureau, ce bureau.” J’ai signé l’autorisation. La perquisition s’est faite dans cinq bureaux. »

Tout en rappelant plusieurs fois la présomption d’innocence, le pape est allé très loin dans ce qu’il pouvait dire, s’expliquant aussi sur ses difficultés avec le président de l’AIF dont le numéro 2, Tommaso Di Ruzza, fait partie des cinq mis en cause dont les interrogatoires devraient bientôt commencer.

Au cours des perquisitions, la justice vaticane a en effet mis la main sur un certain nombre de documents du groupe Egmont, une structure qui rassemble les différents organismes de lutte contre le blanchiment à travers le monde et dont René Brülhart a été le vice-président. Estimant ses communications réservées mises en danger par cette saisie, le groupe Egmont a temporairement suspendu le Vatican.

« La justice vaticane est souveraine »

« Le président de l’AIF a fait pression avec le groupe Egmont pour reprendre la documentation. Et cela, la justice ne peut pas le faire », a justifié le pape qui a défendu la « souveraineté » de la justice vaticane devant les demandes de ce « groupe privé ».

Et de rappeler que le contrôle international du Vatican dépendra de Moneyval, organisme officiel du Conseil de l’Europe réuni en ce moment en plénière à Strasbourg.

« Devant une accusation de corruption, la justice est souveraine dans un pays. Personne ne peut s’immiscer dedans. Il semble que l’AIF n’ait pas contrôlé un certain nombre délits : cela, il faut le vérifier. »

Selon le pape, ce sont ces difficultés qui ont entraîné le non-renouvellement du mandat de René Brülhart qui arrivait à échéance le 19 novembre dernier.

Le profil des nouveaux responsables nommés par François tranche aussi avec leurs prédécesseurs. Appelé à juger les délits mis en évidence, Giuseppe Pignatone, proche des jésuites quand il était en Calabre, s’est ainsi déjà occupé, comme procureur de Rome, du volet italien des malversations dont a été victime l’IOR, la banque du Vatican.

Gérer le Vatican comme un État plutôt qu’une entreprise

Quant à Carmelo Barbagallo, ce sont les services de la surveillance financière qu’il dirigeait à la Banque d’Italie qui avaient bloqué les terminaux bancaires du Vatican début 2013 ; trois ans plus tard, il signait avec René Brülhart le protocole d’accord réintégrant le Saint-Siège dans le système bancaire italien.

Ces hommes issus de la haute administration plutôt que du privé démontrent ainsi la volonté de François que le Vatican soit désormais géré comme un État plutôt que comme une entreprise.

À cet égard, le profil du nouveau préfet du Secrétariat pour l’économie, Juan Antonio Guerrero Alves, est éclairant : ce jésuite diplômé en économie a aussi une bonne connaissance des pauvres et des exclus sur lesquels il a écrit un livre plaidant pour leur intégration dans le système économique.

À l’opposé d’une gestion purement comptable ou d’un libéralisme à outrance, il devrait défendre une vision économique plus conforme à l’« Église pauvre pour les pauvres » que défend François. Reste à savoir la marge de manœuvre dont bénéficiera le nouveau préfet.

À la demande des jésuites, il ne sera pas évêque pour pouvoir revenir au service de la Compagnie au terme de son mandat : ceci pourrait être une faiblesse dans un monde curial, très hiérarchisé, où un « simple prêtre » peut difficilement s’opposer à des cardinaux. Il dépendra toutefois directement du pape François, jésuite comme lui, et ce sera là sa grande force.

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L’Autorité d’information financière

L’Autorité d’information financière du Saint-Siège (AIF) a été créée en 2010 par Benoît XVI pour surveiller les transactions financières dans le cadre de la lutte contre le blanchiment, le crime organisé et le financement du terrorisme.

En 2012, la Secrétairerie d’État obtient une limitation de ses pouvoirs, entraînant un jugement négatif de Moneyval, l’organisme du Conseil de l’Europe chargé d’évaluer les politiques des États en la matière.

En 2013, François a donc renforcé l’AIF, créant également un comité de sécurité financière pour coordonner les instances policières et judiciaires.

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