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Les maisons de naissance vont-elles se généraliser en France ? Depuis 2016, huit établissements de ce type fonctionnent à titre expérimental et permettent à des femmes qui le souhaitent d’accoucher naturellement, sans perfusion ni péridurale. Une étude scientifique publiée le 29 novembre pourrait orienter le choix des pouvoirs publics, qui doivent se prononcer d’ici un an sur une éventuelle pérennisation de ce modèle.

Des maisons de naissance pour vivre autrement la grossesse

Menée par six chercheuses en santé publique, dont quatre sages-femmes et une gynécologue obstétricienne, elle conclut à un « niveau de sécurité satisfaisant et une très faible fréquence d’interventions » au sein de ces établissements. Sur les 649 femmes prises en charge l’an dernier – toutes « à bas risque obstétrical », condition sine qua non pour être « sélectionnée » –, 506 ont accouché sans problème.

Les autres, présentant des complications « sans urgence », ont été transférées vers un établissement de santé partenaire et contigu à la maison de naissance, comme l’exige le cahier des charges de la Haute Autorité de santé (HAS). Aucune mère n’est morte mais « un décès néonatal a été identifié », décès qui d’après ce rapport d’évaluation indépendant n’est pas imputable à la structure.

Virage ambulatoire

« Tous les chiffres sont excellents », se réjouit Anne-Marie Curat, présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes et soutien de la première heure des maisons de naissance. Aujourd’hui, elles représentent la seule alternative sécurisée à l’accouchement hypermédicalisé en maternité. » Et épousent, selon elle, le virage ambulatoire déjà entrepris par la France. « On tend de plus en plus vers l’accouchement sans hospitalisation. C’est adapté pour les femmes en bonne santé et plus économique. »

Va-t-on trop loin avec la chirurgie ambulatoire ?

Pas de quoi dissiper les doutes du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens français (Syngof), historiquement opposé à la délivrance « démédicalisée ». « Cette étude ne répond pas aux questions essentielles, le coût de ces structures et la place qu’elles occupent dans l’offre de soins, pointe le président du syndicat, Bertrand de Rochambeau. Que représentent ces 500 accouchements sur les 800 000 pratiqués chaque année en France ? Avec des débits aussi faibles, heureusement qu’aucun événement indésirable ne se produit. »

Une limite que reconnaît Anne Chantry, directrice scientifique de l’étude, confirmant que d’autres travaux devront être menés. Elle plaide néanmoins pour le développement en France de ce modèle largement adopté par d’autres pays européens. « Il y a plus de 120 maisons de naissances en Allemagne et environ 160 au Royaume-Uni, deux pays dont le nombre de naissances est comparable à celui de la France. Chez eux, la question de la sécurité ne se pose même plus. » Autre argument mis en avant par la chercheuse : « la satisfaction unanime des mères », suivies par une seule et même sage-femme tout au long de la grossesse et lors de l’accouchement.

Un système « inéquitable »

C’est précisément ce « privilège », accordé à quelques-unes, qui choque le professeur Israël Nisand, pourtant favorable à l’accouchement « comme à la maison » – il a créé la première maison de naissance française au sein du CHU de Strasbourg, dont il dirige le département de gynécologie obstétrique. « D’un côté, on ferme des maternités ; de l’autre, on ouvre des maisons de naissance autonomes. Ici, les économies et l’insécurité ; là, la débauche de moyens et le luxe », s’agace le président du Collège national des gynécologues obstétriciens français.

C’est « inéquitable », pour les soignants comme pour les patientes : « Pourquoi une sage-femme devrait-elle accompagner quatre accouchements en même temps, avec la boule au ventre, quand juste à côté, sa collègue ne s’occuperait que d’une femme ? Les heurts et malheurs doivent être répartis », estime le professeur, qui milite pour que chaque maternité de France se dote d’un secteur physiologique.

Quelles perspectives pour les huit maisons de naissance, dont le fonctionnement est autorisé jusqu’à la fin 2020 ? Sans nouvelles des pouvoirs publics, elles s’alarment. « Le gouvernement pourrait décider de ne pas (les) pérenniser », alerte une pétition lancée par le collectif Maisons de naissance, inquiet de la remise imminente d’un rapport « médico-économique » dont rien ne filtre. Commandé par la direction générale de l’offre de soins à un cabinet d’audit, il pourrait sonner le glas de l’expérimentation.

Les pères, acteurs de la naissance

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Une natalité en baisse

Selon le bilan démographique annuel de l’Insee, il y a eu 758 000 naissances en 2018, soit 12 000 de moins qu’en 2017. Malgré une baisse continue depuis quatre ans, la France reste le pays plus fécond de l’Union européenne, avec 1,87 enfant par femme.

On dénombre 498 maternités, contre 1 369 en 1975. En 2016, un bébé sur dix naissait dans l’une des quatre plus grandes villes françaises.

La majorité des accouchements (70 %) ont lieu dans des établissements publics, loin devant les cliniques privés. Moins de 1 % se déroule hors d’une structure de soins.

Chaque année, un peu plus de deux bébés sur 1 000 décèdent dans le premier mois suivant l’accouchement. Avec 85 décès par an environ, la mortalité maternelle est dans la moyenne européenne.

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