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Provoquée par le réchauffement climatique, l’élévation du niveau de la mer va rapidement devenir un problème majeur pour les zones côtières, alertent des chercheurs.

À quel point le niveau des mers va-t-il augmenter d’ici 2100 ? De dix centimètres, d’un mètre ou plus encore ? La réponse à cette question est cruciale pour anticiper les dégâts, ériger des protections, voire organiser des déplacements préventifs des populations. Depuis quelques années, de nombreux scientifiques tentent de mesurer l’augmentation du niveau des mers et surtout l’impact de la fonte des glaces de l’Antarctique dans ce phénomène. « Le facteur antarctique », comme le surnomment les scientifiques, est en effet suspecté d’être le futur principal responsable de l’élévation des mers, or il s’avère extrêmement compliqué à mesurer. 

Dans une étude publiée ce vendredi dans la revue Earth System Dynamics of the European Geosciences Union (EGU), une équipe internationale de 36 chercheurs issus de 27 instituts scientifiques coordonnés par l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (PIK), affirme être parvenue à fournir l’estimation la plus fiable et la plus précise effectuée jusqu’à maintenant. La fonte des glaces de l’Antarctique devrait contribuer à une élévation maximale du niveau de la mer de 58 centimètres au cours du XXIe siècle, affirment-ils. 

Déjà 19 centimètres de plus en 100 ans

Selon l’étude, la fonte des glaces de l’Antarctique serait sur le point de devenir le principal responsable de l’élévation du niveau des mers, devant l’expansion thermique des océans – l’eau chaude gagne en volume – et la fonte des glaciers de montagne. « Le risque global d’élévation va donc devenir encore plus important, écrivent les auteurs, alors que le niveau des mers a déjà grimpé d’environ 19 centimètres ces 100 dernières années. 

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Pour réaliser leurs calculs, les chercheurs ont pris en compte de multiples incertitudes mathématiques, « comme l’évolution des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, les incertitudes concernant la capacité d’absorption de la chaleur des océans et le transfert de cette chaleur surplus vers l’océan Austral, explique Anders Levermann, chercheur à l’Université de Columbia (New York) et principal auteur de l’étude, interrogé par L’Express. Nous avons aussi pris en compte dans nos calculs les incertitudes liées à la fonte basale de l’Antarctique [l’océan se réchauffant, il fait aussi fondre l’Antarctique par en dessous, NDLR] et à l’écoulement de la glace dans l’océan. » 

Les 37 chercheurs ont également créé 16 groupes dédiés à la modélisation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. À titre de comparaison, une étude similaire réalisée il y a six ans s’était basée sur cinq modélisations seulement. Puis ils ont calculé plusieurs scénarios. Le business as usual, dans lequel l’humanité continue à émettre sur le même rythme que ces dernières années et réchauffe la planète d’environ 5 degrés Celsius d’ici 2100, prévoit que la fonte de l’Antarctique conduira à une élévation du niveau de la mer comprise entre 6 à 58 centimètres, « avec une médiane de 17 cm », précise le professeur Levermann. 

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Dans le scénario « optimiste », dans lequel l’humanité suit les accords de Paris et réduit rapidement ses émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C, la fonte de l’Antarctique serait contenue et le niveau des mers monterait de 4 à 37 centimètres, avec une médiane à 13 cm. Interrogé par L’Express sur l’absence d’un « pire scénario » dans l’étude, Anders Levermann explique que « malheureusement, le pire des scénarios est celui que nous suivons en ce moment. » 

Les métropoles côtières en péril

« Plus nous utilisions de modèles de simulation informatique – chacun basé sur une simulation de la calotte glaciaire de l’Antarctique légèrement différente -, plus la fourchette de résultats que nous obtenions s’élargissait, mais plus nos données se renforçaient », ajoute de son côté Sophie Nowicki, coauteur de l’étude et scientifique au Goddard Space Flight Center de la NASA, dans un communiqué publié par le PIK.  

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Si la chercheuse admet qu’il existe encore des incertitudes – la fourchette de l’augmentation du niveau de la mer reste importante -, elle estime que la compréhension de la communauté scientifique de la plus grande calotte glaciaire de la Terre – qui s’améliore constamment depuis des années – se trouve encore renforcée par leur étude. « La comparaison des résultats des modèles est un outil puissant pour fournir à la société les informations nécessaires à des décisions rationnelles », indique-t-elle. 

Les chercheurs ont notamment estimé qu’à plus long terme, la calotte glaciaire de l’Antarctique a le potentiel d’élever le niveau de la mer de plusieurs dizaines de mètres. « Ce dont nous sommes certains, c’est que si l’on ne s’arrête pas de brûler du charbon, du pétrole et du gaz, les risques pour les métropoles côtières, de New York à Mumbai, en passant par Hambourg ou Shanghai, augmenteront, prévient Anders Levermann, qui suggère que les agences locales de protection des côtes doivent maintenant se saisir de ces informations pour anticiper l’élévation du niveau de la mer et ses conséquences.  

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