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1990. Bernard Preynat se trouve face au cardinal Decourtray. L’archevêque de Lyon l’interroge sur les agressions commises contre des scouts. « Je lui ai dit : « C’est une longue histoire » et il a fait un geste du bras, raconte l’ancien aumônier, à la barre. J’ai pensé qu’il ne voulait pas savoir à cause de ce geste ». Ce geste du bras témoignait-il d’une Église trop indulgente, oublieuse du mal en l’homme ? Ou d’une dérobade un peu lâche pour ne pas regarder en face une réalité si dérangeante ?

Retrouvez notre suivi du 4e jour du procès Preynat

Il marque en tout cas le non-dit et le silence autour des abus du prêtre, tout au long de ces décennies criminelles. La liste des occasions manquées pour arrêter l’agresseur est terrible. Au petit séminaire de Montbrison (Loire), déjà, le préfet de discipline, qui découvre les premiers attouchements de Bernard Preynat sur des plus jeunes, le traite de « malade » ou d’« anormal », mais ne dit rien de la vraie raison de son renvoi à ses parents. « S’il leur avait dit, je pense que mes parents auraient accepté que j’arrête le séminaire », avance aujourd’hui le prévenu.

Au séminaire de Lyon, ensuite, quand des parents signalent ses agressions après une colonie de vacances, ses supérieurs lui imposent un suivi thérapeutique à l’hôpital lyonnais du Vinatier. Mais Bernard Preynat n’a pas souvenir d’un quelconque entretien à son retour au séminaire, en 1970. À la même période pourtant, il récidive…

Ordonné prêtre, il se livre très vite à de nouveaux attouchements et les plaintes commencent auprès du père Plaquet, son curé pendant vingt ans. Celui-ci ne dira rien, si ce n’est cette remarque impuissante et accablante, en 1990 : « Alors, tu as recommencé ? » Malgré une plainte en 1978, l’archevêque de l’époque, le cardinal Renard, lui conseille une nouvelle psychothérapie – qu’il décline – mais le laisse à Sainte-Foy-lès-Lyon.

Confessions

Tout au long de son ministère, Bernard Preynat affirme s’être « confessé » de ses agissements, des « péchés » pour lesquels il n’entend qu’un encouragement à « ne pas recommencer ». Aucune injonction à se soigner, encore moins à se signaler à la justice. Tous ses confesseurs l’ont absout et renvoyé au contact d’enfants. Remis en poste par le cardinal Decourtray, en 1991, il est confirmé par ses successeurs, notamment le cardinal Billé, l’instigateur du texte majeur des évêques sur la pédophilie en 2000.

Des années plus tard, en mars 2010, c’est le cardinal Philippe Barbarin qui le convoque, avant de le nommer dans une nouvelle paroisse. Devant le tribunal, l’ancien prêtre confirme ses précédentes déclarations : il aurait alors évoqué un problème « ancien » et « de nombreux faits » devant le cardinal. Ce dernier, lors de son procès il y a un an, contestait la mention de ces « nombreux faits ».

« Je ne veux pas accuser l’Église »

« Vous estimez que l’Église a une responsabilité ? » Mercredi, la présidente pose la question attendue. « Je ne veux pas accuser l’Église », lance celui qui, à deux reprises, s’est présenté comme « loyal ». Pourtant, maintes fois, Bernard Preynat déplace la culpabilité sur ses supérieurs qui ne lui ont jamais donné, selon ses mots accusateurs, « les moyens d’en sortir ».

→ COMPTE RENDU. À son procès, Bernard Preynat « ne veut pas accuser l’Église »

Et cela devient encore plus clair quand il évoque le courrier adressé à Mgr Michel Dubost, à la veille du procès. « Il avait parlé de faits abominables et cet adjectif m’avait blessé. Alors je lui ai écrit “Monseigneur, je vais vous dire les faits abominables dont j’ai été victime, enfant” », rapporte-t-il, avant de détailler : victime d’un sacristain dès l’âge de dix ans, d’un séminariste puis d’un prêtre professeur.

Reste que Bernard Preynat n’est pas à un paradoxe près. Alors qu’à l’époque du cardinal Decourtray, il refuse tout nouveau suivi thérapeutique et se plaint d’être déplacé du jour au lendemain, faisant une sorte de « chantage au suicide », il affirme aujourd’hui, avec aplomb : « C’est à ce moment-là, en 1991, que l’on aurait dû me faire un procès canonique pour me réduire à l’état laïc et non en 2018 ! »

« L’Église elle-même est dans une situation de clivage »

Mercredi, le psychiatre Michel Debout expliquait les mécanismes de déni et de clivage qui permettent à cette personnalité de type « pervers sexuel » de supporter la « tension psychique entre les pulsions qu’il ne peut maîtriser et sa vie sociale ». Des mécanismes qui, selon lui, éclairent aussi le silence de sa hiérarchie. « L’Église elle-même est dans une situation de clivage, entre justice de Dieu et justice des hommes. Et dans le déni, celui de la souffrance de tous ces enfants. »

→ EXPLICATION. Procès Preynat, le rôle des expertises psychiatriques

L’autre experte appelée à la barre, Liliane Daligand, a estimé pour sa part que la promesse faite au cardinal Decourtray avait été, au contraire, le rappel de la loi décisif, de « l’interdit majeur » de « confusion dans le corps de l’autre », qui avait permis à Preynat de s’arrêter. A moins, comme l’avançait à son tour l’avocat Jean Boudot, que ce soit la honte et la peur d’être exclu de l’Église qui aient « ébouillanté » cette personnalité narcissique ?

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