L'Essentiel de vos Informations en temps réel ! L'actualité du monde filtré et résumer rien que pour vous !


Alain Terzian le 29 janvier 2020 au restaurant le Fouquet’s à Paris, lors de la conférence de presse de la 45e cérémonie des Césars.

Alain Terzian le 29 janvier 2020 au restaurant le Fouquet’s à Paris, lors de la conférence de presse de la 45e cérémonie des Césars. Nasser Berzane/ABACA

Alain Terzian n’a plus d’appétit. Il n’a pas touché à sa choucroute. Ni à son mille-feuille. Ce lundi 10 février, il déjeune chez Lipp, la brasserie historique de Saint-Germain-des-Prés, en compagnie de François-David Cravenne, le fils de Georges, créateur des Césars en 1976, et de Christophe Tardieu, ancien numéro 2 du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Le président de l’Académie des Césars, 70 ans, d’ordinaire si sûr de lui, a l’air dépassé.

Depuis la mi-janvier, le monde d’Alain Terzian se fissure de toutes parts, comme un vieux décor de cinéma après un (long) tournage. Les faux pas et les mauvaises nouvelles s’accumulent pour le producteur qui jusque-là présidait les Césars, seul maître à bord depuis la « reprise » de l’académie en 2003. On lui reproche, non seulement sa gestion autocratique et opaque, mais surtout de ne pas avoir pris en compte les voix qui réclament davantage de parité, de diversité et de démocratie au sein de l’académie.

Alors que la 45e Cérémonie des Césars doit avoir lieu vendredi 28 février, dans la prestigieuse salle Pleyel à Paris, avec Florence Foresti en maîtresse de cérémonie, Terzian, l’orgueilleux, le bagarreur, semble abattu.

La veille, dans un entretien au Journal du dimanche (9 février), il pensait avoir gagné du temps en promettant des mesures pour féminiser et rajeunir l’académie. Mais ce lundi, Terzian ne sait plus quoi dire :

« J’en ai marre. Je peux pas faire plus. Ça suffit. Je me suis saigné à blanc. J’en ai marre de ces cons. Tous des cons… »

Il fait comprendre qu’il va démissionner, sur le mode « retenez-moi ou je fais un malheur ». Ses deux convives tentent de le remonter, échafaudent des scénarios pour permettre au parrain des Césars, sinon de rebondir, du moins de garder la main, encore quelques jours : faire un speech pendant la cérémonie, demander à Foresti d’utiliser l’affaire dans ses sketches, s’appuyer sur l’esprit Canal…

On reproche aux membres de l’académie d’être trop âgés ? Il faut davantage trier et ne laisser entrer que ceux qui ont deux Césars à leur actif. « Oui, mais on va avoir Yolande Moreau… », bougonne Terzian. En quittant le restaurant, François-David Cravenne le prend par les épaules et lui dit : « Bouge-toi, ressaisis-toi ! » Mais Terzian, lui, semble toujours aussi fermé, découragé parce qu’il sent qu’il n’a plus grand monde derrière lui.

Surtout, il ne sait pas encore que se prépare en coulisses son coup de grâce. Mardi, le lendemain du déjeuner, Alain Terzian prend de plein fouet une tribune signée par 400 personnalités du cinéma – membres de l’académie – qui dénoncent un système qu’ils jugent opaque et obsolète : « Nous n’avons aucune voix au chapitre ni dans les fonctionnements de l’académie ni dans le déroulé de la cérémonie », déplorent-ils dans Le Monde daté du 12 février, avant de réclamer « une refonte en profondeur des modes de gouvernance de l’Association et des fonctionnements démocratiques qui les encadrent ». Fait rarissime : d’Omar Sy à Jacques Audiard, en passant par Céline Sciamma, Cédric Klapisch ou Bertrand Tavernier, toutes les familles du cinéma français se sont réunies pour tourner la page Terzian.

Aller vers La Source